j'ai toujours été fasciné par les énergies chaotiques qui se consument dans le métro. Je crois d'ailleurs que j'aurai sans doute précipité mon départ de ce laboratoire géant si il n'y avait pas ses
souterrains et ses fourmis. Je ne me lasse pas de la multiplicité de visages, d'humeurs, d'expressions qui s'éparpillent ça et là, qui s'offrent en spectacle comme pour mieux narguer la nature du
fantôme spectateur.
En rentrant l'autre soir, je n'ai pourtant pas pretter attention à l'homme qui s'était assis en face de moi, trop occupé à mirrer de jolies paysages. un coup d'oeil superficiel par ci par là, pour
réconforter ma paranoïa interne, celle qui à la fois me fais sombrer, m'aliène, et en même temps me préserve, instinct de la bête qui à en tête tous les angles, toutes les issues, les moindres
détails qui pourraient être utile en cas d'urgence. Je n'ai guère prêté attention à cet homme, la quarantaine bien entamé, le visage impassible, qui jouait comme au mirroir. Le terrain était
familier et pourtant ignoré.
En descendant du quai, après avoir gravi quelques marches et longés quelques couloirs, une voix anglaise m'interpella. Ma haute maîtrise de l'anglais étant toujours d'un grand secours je mis
quelques secondes à comprendre quel thème on voulait bien évoquer. C'est ça qui est bien quand on est malhabile dans une langue. On est pas surpris par le sujet abordé, mais par ce qu'il peut
signifier dans notre propre langue. Je n'ai pas bien saisi, je crois qu'il me demandait si j'étais celte. Ce qui m'a surpris c'est que le personnage semblait fasciné, non pas par l'aspect
folklorique de la demande, mais par l'écho de l'ancienne civilisation. Devant l'aisance significative de mes réponses, il me demanda si je parlais français, et je fus soulagé d'entendre qu'il le
parlait très bien. Il m'appris qu'il était éthnologue, canadien, métisse d'une mère navaho et d'un père français. Il avait senti quelque chose en moi. J'imagine que l'étrangeté de mes réponses,
outre la risible expression franco-saxone dont je faisais preuve, l'avait poussé à poursuivre le dialogue. Lorsque je lui appris que j'étais "the son of the rain", on aurait dit qu'il avait trouvé
quelque chose. Nous nous posâmes à un café, dehors, pour que je puisse de temps à autre m'essayé à me tuer.
La rencontre fut des plus intéressante, étrangeté du Livre de la Vie. La Vie se livre à chaque instants, mais certains moment ont un écho particulièrement intense, un de ceux qui résonne au plus
profond de l'être. C'était cela qu'il avait senti dans les profondeurs du métro parisien : la vie ! ce qui est curieux car je me sentais relativement bien amorphe et guère vivant. Il m'appris que
j'étais un homme médecine et me dit que je n'avais pas épargné mes longs cheveux par quelques soucis futiles d'un renvoi positif du paraître. Il m'appris que mes cheveux avait un pouvoir
guerrisseur, que les indiens de sa tribu verrait d'emblé l'homme médecine. Bien sur il y aurait bien l'aspect premier d'homme blanc, lui même me dit-il avait parfois quelques difficultés, bien que
sa mère fut navaho. son père avait su manier les gênes de l'aspect. A bien y réfléchir, on peut penser que c'est bien de bon augure, on peut supposer que l'empreinte de sa mère a su opérer la où
c'est essentiel, laissant la gloire et la fierté à l'homme blanc, ce crédule avide de pouvoir.
Nous eûmes un curieux dialogue, un curieux mélange de spiritualité, de musique (il pratique la flute et le hand drum et perpetue la musique - et les rites - de ses ancètres depuis qu'il a été
chercher son héritage). Je lui évoquais mes recherches personnelles concernant l'énergie et ce que j'avais appris de ces autres indiens, du moins des trésors préservés, bien à l'ombre devant la
clareté et l'étincelance de l'hindouisme et du bouddhisme. Il connaissait aussi les énergies. enfin j'avais l'opportunité de mettre en pratique ce qu'il appelait le jeu du miroir. Il me parla des
loges à suddation, des incantations des hommes médecines. Il évoqua certains termes en navaho, et fichtre, que cette langue est jolie, une vraie musique de l'âme. Il m'expliqua certains rituels,
comment lui même avait égé confronté à la difficulté d'accepter son héritage, guidé par la voix apaisante de son grand-père, lui même homme médecine. Il m'appris que chaman signifiait en réalité
chanteur. mais pas chanteur de superette où autres joyeuseté en paillette, non, celui dont le chant guerri. Et c'est à cette fin que les hommes médecine sont consulté. Pour guerrir, aidé par les
plantes, en captant les énergies de l'autre monde. Je me suis souvent interrogé sur la culture sud-américaine concernant l'utilisation des plantes, de l'hayawaska notamment mais je n'avais jamais
fais le rapprochement avec les énergies. Et puis l'idée de partir la-bas et d'être guidé par un chaman, ne m'enchantais guère, cela semblait bien un véritable périple - certes sans doute fort
fantastique - mais qui méritait assurément plus d'ardeur et de passion. Je n'avais jamais fais le rapprochement de l'écho qui existait avec les amerindiens. Et etrangement maintenant, cela n'a plus
l'allure de périple. Je resongeais à un de mes morceaux, le seul où j'avais laissé échapé un chant, au teneurs chamaniques - erf, c'était du moins l'intention. Il faudrait que je lui demande s'il
connait le sens de la folie que j'avais laissé marmonner.
C'est curieux comment procède la vie. L'homme blanc n'a de cesse de croire que c'est en agissant sur elle qu'il en percera les mystères. D'autres fous comme moi, estiment au contraire que c'est en
la laissant agir, nous façonner - que peut-on faire d'autre de toute façon ? cela se passe déjà -, en s'abandonnant à elle qu'on s'autorise à pouvoir percevoir sa magie. Il me répéta plusieurs fois
que j'avais la mémoire. Et que c'était cela qu'il cherchait. Je lui fis part de mon ignorance à ce sujet, je ressens des choses étranges certes, mais je suis un être sans racines. Il me parla de
l'eau et des autres éléments et de l'importance que cela requierait dans les rituels. Il semblait soulagé de pouvoir ainsi dialoguer, sans être caricaturé, en ayant la sensation d'être écouté avec
attention. Il m'appris que pour lui les personnes dans le métro était des fantômes, des esprits enfermés dans la chair. C'était alors cela qu'il avait du sentir en moi, mes errements dans l'espace,
les emissions d'énergies, même si je n'ai jamais vraiment la conscience précise de comment cela opère, et c'est errintant d'être dans la confusion à ne pas savoir si l'on ressent parce que l'on est
receptif, et que l'on capte quelque chose, ou bien si l'on ressent parce qu'on est actif et qu'on émet.
La nuit était tombé quand nous sommes quittés. Je lui dit d'ailleurs que c'était ces moments que je préfèrais, lorsqu'on laissait s'échapper le temps. Nous échangeâmes nos coordonnés avant chacun
de témoigner de cette rencontre. Je lui décris que c'était pour moi une esquisse. Il sembla ne pas comprendre, puis je lui expliquais qu'avant de peindre un tableau, il était souvent coutume de
faire une esquisse. Il sourit. Il me dit que s'il connaissait le français, il lui manquait toutefois les interprétations. Après quelques dérives, à propos sur la vie, ensemble, je vis bientôt sa
silhouette s'éloigner dans les profondeurs parisiennes.